Ce que vous avez toujours voulu savoir sur les conseils de classe…
Publié dans Non classé le 16 février, 2008 par nathastarCe soir, c’est le conseil de classe des 3ème 4… Début prévu pour 17h30. Tout le monde est là : les profs, les élèves délégués, le préfet des études, le professeur principal. Nous aimons bien commencer les conseils à l’heure pour ne pas terminer trop tard car le lendemain on recommence pour une autre classe, le surlendemain aussi etc.
Tout le monde est là ? Mais non !! Il manque la mère déléguée !! Le préfet des études vérifie dans son courrier… Mais si, elle a bien été prévenue de l’heure, oui oui, de la date aussi. Euh… du bon mois aussi ? Mais ouiii !!! Toc toc ! Entrez ! “Oh, je suis en retard ? Je n’ai pas réussi à me garer dans le quartier, excusez-moi, c’est mon portable, allo ? Oui, non, écoute chérie je suis en réunion là (gloussements), je te rappelle ! Oh excusez-moi, je pense que je vais l’éteindre.”( Oh ! Miracle !!)
Ca y est, toute la salle connaît l’odeur du dernier parfum de chez Dior et la dernière tendance chez Prada. Pouvons-nous enfin commencer ?? NON !!! Où est Luc ? Luc ? Mais je l’ai vu ce midi en salle des profs, il est donc là !! Luc, c’est le prof de maths, et sans le prof de maths, un conseil ne peut pas avoir lieu. Sachez-le une fois pour toutes, si vous avez vraiment besoin de vous sentir indispensable dans la vie, devenez prof de maths ! Non, pas médecin, ni Président de la République, ni curé, ni psychanalyste ni chirurgien esthétique, non, devenez prof de maths ! Sans vous, une école ne tourne plus. Et ça, le prof de maths, il le sait, alors le prof de maths, il peut être nul, détesté de tous ses élèves, sentir mauvais, on va toujours l’accueillir à bras ouverts. Peut-être que sa femme ne le supporte plus, ses enfants ont renoncé, ses voisins ne lui adressent plus la parole, même son chien ne veut plus aller se promener avec lui, peu importe, à l’école, il est indispensable, et cela doit suffire à certains.
Toc, patatras, Luc fait une entrée remarquée dans la pièce, ne s’excuse pas, demande pourquoi on ne lui a pas laissé une place, rechigne à aller chercher une chaise dans une salle de classe, est chargé comme un mulet, mais finit par se poser et surtout par se taire. Ah, on peut ENFIN passer aux choses sérieuses !!
Le professeur principal mène le conseil et décide de laisser en premier la parole à la mère déléguée (entre collègues, on se jette des coups d’oeil mi-amusés mi-effrayés… à quoi va-t-on avoir droit cette fois-ci ?) Il faut savoir que souvent la mère déléguée parle surtout en son propre nom et celui de son enfant et cela ne reflète pas du tout l’avis général des parents d’élèves.
“J’ai essayé de joindre quelques parents hier soir (voyez l’importance qu’elle y accorde…), et malheureusement je n’ai pu en joindre que 6 (sur 35, en effet, ça fait léger), mais j’ai pu également en parler à des dîners (je me disais bien aussi, petite cachotière !) et l’ensemble des parents pensent qu’il y a une bonne ambiance dans la classe (ah bon? dans cette 3ème il y a une bonne ambiance ??) mais les élèves ne comprennent pas pourquoi ils doivent étudier des textes aussi difficiles en français, ce sont encore des enfants !”
Le professeur de français ne s’attendait pas à cela, je le vois sur son visage. Mais voyons, Madame, ce sont des textes qui sont au programme en 3ème, je ne vais pas leur faire lire Oui-Oui quand même !
“Bon, sinon ils pensent qu’il y a un peu trop de travail à faire du jour au lendemain et ils sont fatigués.”
Je lui dis que je ne pense pas que les élèves se plaignent d’avoir trop de tavail du jour au lendemain, car qu’il soit à faire du jour au lendemain ou d’une semaine sur l’autre, une grande majorité de la classe ne le fait pas du tout, alors moi j’aimerais bien comprendre ! Approbation générale de mes collègues, rougissement des élèves délégués, clouage de bec de la mère déléguée.
A -t-elle encore des choses à ajouter, demande le professeur principal ? Non, rien de particulier. Nous la remercions tous, surtout que nous avons un mal fou a trouver des parents délégués, alors il faut vraiment essayer de ne pas trop les fâcher, hein !!
La parole est alors aux élèves délégués, qui, en règle générale (au collège du moins, au lycée c’est un peu différent, quoique…), n’ont rien à dire, sauf pour la cantine qui n’est jamais assez bonne, l’attente trop longue et l’ambiance de la classe qui est bonne (même si tout le monde sait que dans cette classe il y a un bouc émissaire). Mais c’est la loi, nous devons avoir des représentants des élèves !
Les professeurs font alors un “tour de table”, où chacun parle de façon générale de la classe, afin que la mère déléguée puisse faire un rapport à l’ensemble des parents d’élèves. Nous craignons certains collègues, qui monopolisent la parole, qui s’écoutent parler et qui rentrent dans des détails concernant leur matière qui n’intéressent personne, sauf eux. “Alors quand nous avons attaqué les fonctions affines, certains élèves blabla ” Ouhla, les fonctions affines, mais de quoi il parle, Luc ?? Mais, c’est le professeur de maths !! La mère déléguée prend plein de notes (avec un tout nouveau modèle Mont Blanc, tiens, sympa ce modèle, très sympa !).
Une heure plus tard, les élèves et la mère s’en vont, nous sommes seuls youpiii, on peut enfin se lâcher !! (Ils n’assistent pas à tout le conseil dans mon établissement). On respire un bon coup, le professeur principal sort des gâteaux et des boissons d’une cachette magique et tout le monde se jette dessus, pire qu’à un goûter pour enfants, il ne manque plus que les dragibus et les carambars !
Puis on passe au “cas par cas”.Pour certains, cela va très vite, Agnès, bien, félicitations, le suivant siouplé ! Arthur, bon, Arthur, Luc, tu en penses quoi toi, d’Arthur ? NON, ne demandons pas à Luc !!! Bon, d’accord, sers-moi un autre verre s’il te plaît…
Aymeric, aaaaah, Aymeric, rhooo, alors celui-là, mais il ne comprend rien à rien ce pauvre garçon, non, ce n’est pas juste un manque de travail, tu en penses quoi, toi ? Moi ? Ce que je pense d’Aymeric ? Je pense que ce garçon est totalement ascolaire et qu’il serait plus épanoui dans une autre structure que la nôtre et que c’est vraiment un cas social et j’en ai assez !!! Tout le monde est d’accord, Luc ne dit rien, il mâchouille un petit gâteau, les autres suivent.
Si j’ai bien compris quelque chose dans un conseil de classe, c’est qu’il faut tout de suite regarder qui sont les meneurs et qui sont les suiveurs. Et ce ne sont pas ceux qui parlent le plus qui sont obligatoirement les meneurs, ce qu’il faut, c’est dire les choses au bon moment et faire en sorte que tout le monde vous suive. C’est assez sympa comme exercice. A écouter Ariane, professeur de latin, la petite Marie-Laure est une élève qui essaye mais qui n’y arrive pas. Ah bon ? Tu crois ça ? La petite Marie-Laure n’y arrive pas, car elle n’essaye même pas, elle se fiche de nous, ne tombe pas dans son panneau voyons !! Ah bon, tu crois, enfin, oui, tu as peut-être raison, en effet, pour le dernier contrôle oui, en effet etc.
Sophie ? Mais Sophie ne pense qu’aux garçons ! Oui, elle a bien raison de penser aux garçons, mais en dehors de ça, elle ne pense à rien d’autre, allez, on lui colle un averto à celle-là, elle ne l’aura pas volé, na !
Trois heures et demie plus tard (n’allez pas croire que ce sont des heures sup., SVP), nous faisons le bilan de cette classe, 19 avertissements, du jamais vu dans cette école, mais ce n’est pas grave : l’ambiance y est si bonne !!!